verger
Céline Leeman-Broyer

J’aimerais mettre en place un verger, comment je dois m’y prendre ?

Jean-Loup Crépin-Leblond est installé en Corrèze et entretien un verger dont les productions sont destinées au marché local. Il nous aide ici à mobiliser les facteurs nécessaires à la réussite d’une installation de verger.

Tout dépend de quoi on parle. Pour un verger professionnel, soit on se réfère aux critères administratifs définis par les services de l’Etat et par la Politique Agricole Commune qui réglementent les surfaces et les nombres de plants, soit on ne considère pas ces références. Nos parcelles sont classées en prairies, notre système cultural est extensif et cela ne nous empêche pas d’être agriculteurs déclarés à la Mutualité Sociale Agricole. Nous n’allons pas chercher les subventions agricoles spécifiques à notre activité d’arboriculture. Aujourd’hui, sont considérés comme professionnels de l’agriculture, les installés qui mettent en valeur une Surface Minimale d’Assujettissement (SMA) définie au niveau départemental ou si ce critère n’est pas rempli, les personnes consacrant au minimum 1200 heures de travail annuel à leur activité agricole. Si on parle de verger dans le cadre d’une activité de loisir, 2 arbres fruitiers sera un début !

Déjà, la première question que vous devez vous poser est celle du revenu que vous souhaitez tirer de votre activité. Savoir ou vous voulez aller financièrement vous permettra de réfléchir à ce que vous devrez réaliser comme production et comme valorisation.

Les choix variétaux dépendent des marchés que vous voulez cibler. Chez nous, en Corrèze, les habitudes de consommation sont orientées vers la pomme et la pêche, alors nous en produisons pour servir les marchés locaux. Ensuite, le choix des variétés se fera en fonction de vos techniques de commercialisation : vente directe ou vente en demi-gros ? Rencontrer les grossistes de votre secteur et les interroger sur leurs besoins sera nécessaire. Enfin, ce sont aussi les conditions pédoclimatiques qui vont vous aider à déterminer les variétés que vous allez choisir.

 

verger sélection des variétés

Là, vous devrez passer par l’étude des itinéraires techniques propres à chaque variété. Les calculs sont simples. Prenons l’exemple des fraises. Si vous avez besoin de vendre ou de produire 300 kilos de fraises, vous calculez la production pour un plan de fraise et vous en déduisez le nombre de plants dont vous avez besoin et ainsi de suite pour toutes les productions. Il vous faudra aussi tenir compte de l’évolution de vos plantations et de leurs capacités productives dans le temps. Ensuite, ce qui est crucial, c’est d’estimer votre capacité à gérer vos plantations, l’entretien, les récoltes, la transformation et la commercialisation.

Vous vous lancer en arboriculture, vous allez devoir faire face à deux contraintes qui peuvent s’opposer. D’une part, votre banquier vous pressera d’avoir des récoltes et des retours financiers et donc de planter rapidement et de l’autre, il vous faudra du temps pour comprendre comment fonctionne votre territoire d’un point de vue systémique.

verger

Une mauvaise implantation se verra très vite avec la survenance de maladies et des arbres moribonds. Déplacer les plants vous coutera cher. C’est pour cela que vous avez besoin de temps pour comprendre ce qui se joue sur vos parcelles en termes d’exposition aux vents, d’ensoleillement, de capacité du sol à retenir l’eau. Les enseignements de la permaculture sont essentiels pour la mise en place d’un verger. Vous devrez donc sans cesse avoir la double préoccupation économique et biodiversité.

La biodiversité est votre meilleur allié ! Elle vous aidera à utiliser le moins possible le tracteur et ne pas recourir aux produits phytosanitaires. La vie dans le sol doit être une de vos priorités, car elle est une aide technique très importante dans la conduite de votre entreprise. La biodiversité, c’est un investissement dès le démarrage de votre projet. Il vous faut créer des haies, des mares, aller chercher de la paille, du foin, des feuilles, dès le début de vos cultures. La biodiversité peut s’attirer et revenir, cela met trois à quatre ans avant d’avoir des résultats.

L’évolution de l’agriculture en France le montre, il faut exclure ce qui n’est pas agroenvironnemental. Les pratiques d’hier ne sont plus efficientes pour s’adapter aux évolutions des consommateurs et du climat. Les choix variétaux que vous ferez devront prendre en compte ces deux éléments. Nous avons par exemple, des collègues, qui décident de planter en Corrèze, des espèces autrefois présentes uniquement dans le sud de l’Europe.  Vous devrez aussi exclure les méthodes toutes faites et les conseils généralistes. Votre travail devra passer par une réflexion parcelle à parcelle. Les parcelles de mon voisin à 300 mètres n’ont pas les mêmes réactions que mes parcelles. Vous devrez aussi exclure les stratégies considérant uniquement l’agroécologie et celles uniquement les aspects économiques. Votre succès résidera dans votre intelligence à manier l’agroécologie et l’économie.

Jean-Loup Crépin-Leblond répond à vous questions.

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